Problèmes pour la télévision sur les mobiles
Problèmes pour la télévision sur les mobiles

Pour sa première réunion, le Forum de la télévision mobile voulu par Patrick Devedjian a coincé sur une question centrale: quels canaux de diffusion seront exploités? Et qui en contrôlera la facturation? CSA et opérateurs mobiles s'affrontent.
Pas de canaux disponible
Le ministre délégué à l'Industrie, Patrick Devedjian, a lancé le 23 novembre le Forum de la télévision mobile. Son objectif est de réunir régulièrement les «acteurs publics et privés de l'industrie audiovisuelle souhaitant apporter leur contribution au développement de la télévision mobile en France et en Europe». À l'issue de la séance, les participants ont signé un engagement commun qui prévoit notamment le lancement des premières expérimentations en matière de télévision mobile avant la fin 2005.
En revanche, la question qui fâche est centrale: elle concerne les "tuyaux" par lesquels seront diffusés ces nouveaux services. Rappelons d'abord que la télévision mobile peut passer par deux types de réseau. Le premier est celui de la téléphonie mobile de 3e génération (3G), comme le propose déjà SFR avec ses forfaits UMTS. L'autre solution est de recevoir sur son terminal mobile, équipé d'un tuner TV, les futurs programmes de télévision numérique terrestre (TNT). Ils devraient émettre dès le 1er mars 2005 dans l'Hexagone.
C'est sur cette dernière option qu'il y a un point de friction. En effet, pour diffuser la TNT sur des terminaux mobiles, il faut disposer de canaux sur le spectre hertzien. Le "bloc" de canaux pouvant servir à la TNT mobile est baptisé "R5"; il était initialement destiné aux chaînes de service public pour des stations locales et de nouvelles chaînes nationales, qui n'ont finalement jamais vu le jour. Ces ressources demeurent donc inutilisées.
La facturation pose problème

Les opérateurs portent un grand intérêt à ces canaux. Le 23 novembre, ils n'ont pas caché leurs ambitions: pouvoir exploiter ces ressources. Car qui contrôlera les tuyaux contrôlera leur facturation. «Cette fréquence doit être attribuée à la mobilité», a ainsi plaidé Didier Quillot, P-DG d'Orange France, rejoint par Gilles Pélisson, son alter ego chez Bouygues Telecom, logiquement soutenus par les dirigeants de SFR et Nokia.
Francis Beck, membre du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), a aussitôt dénoncé «une tentative d'OPA». Il a rappelé que la loi ne permettait pas actuellement l'attribution de telles fréquences aux opérateurs télécoms. Pascal Rogard, président de la Société des auteurs et compositeurs dramatique (SACD), qui défend les droits des auteurs, a précisé que ces ressources gratuites étaient accompagnée de lourdes contreparties légales, à savoir le respect de certains principes en matière de créations culturelles.
«Cette montée au créneau des opérateurs portait atteinte à notre liberté de décision», confirme à ZDNet Francis Beck. «Seul le CSA est en mesure de décider ce qui sera fait de ces ressources disponibles. Elles peuvent aussi servir à la télévision haute définition (TV HD) ou aux chaînes locales», poursuit-il, précisant que Patrick Devedjian, ardant promoteur de la TV HD, s'est bien gardé d'intervenir sur le sujet des canaux R5.
Cette fois la technologie est rattrapée par l'aspect financier. Même si la télévision par téléphone pourra être opérationnelle techniquement dès 2005, les opérateurs et les chaînes de télévisions ne sont pas prêtes à lâcher un service qui pourrait rapporter des sommes considérables.